Impact du COVID-19 sur le secteur de l’Image en Auvergne-Rhône-Alpes

Impact du COVID-19 sur le secteur de l’Image en Auvergne-Rhône-Alpes

Depuis le début de la crise sanitaire provoqué par le COVID-19, l’ensemble de l’activité de la filière cinéma s’est arrêté. La pandémie de coronavirus touchant le monde entier, elle contraint les sociétés de production et d’accompagnement, mais aussi les équipes sur le terrain et les studios à revoir leur stratégie et leur planning. Quelle est la situation en région ? Pour en témoigner, nous avons interrogé Gregory Faes, Directeur général d’Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma, et Thomas Bouillon directeur de Festivals Connexion, l’association des festivals de cinéma en Auvergne-Rhône-Alpes. Propos recueillis par Maxence Grugier.

 

C’est un grand moment d’incertitude que vivent tous les acteurs de la filière cinéma, en Auvergne-Rhône-Alpes, mais également bien sûr, en France et partout dans le monde. Même s’il est encore difficile de se prononcer sur l’avenir des différents métiers que comprend le cinéma dans notre pays (exploitants, manifestations, fonds de productions, accompagnements, sociétés de locations et de services, studios, artistes, intermittents et techniciens) il faut bien continuer, de différentes façons, et essayer d’envisager « l’après » à l’aune des données actuelles.

 

Remise du prix Festivals Connexion lors du Festival International du Court-Métrage de Clermont-Ferrand (2020)

 

Incertitudes de toute une filière

 

Gregory Faes, Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma, fonds de production et coproduction de films de cinéma de la Région : « Aujourd’hui l’ensemble de l’activité de la filière cinéma s’est arrêté. Cela concerne les tournages avec des films qui sont reportés, des sorties repoussées, mais cela comprend aussi l’exploitation (les salles de cinéma qui sont fermées) et les festivals qui annulent. Pour nous ces rencontres sont des temps indispensables professionnellement. C’est là que nous cherchons des films, rencontrons les porteurs de projets, etc. Cette mise à l’arrêt a également un impact sur le marché, surtout dans le domaine du cinéma indépendant. Les grosses productions s’appuient sur la publicité, la promotion, le marketing. Du côté des indépendants cela se passe pendant ces rencontres. »

 

Thomas Bouillon, Festival Connexion, le réseau de veille et d’accompagnement des festivals en Auvergne-Rhône-Alpes : « La crise actuelle a un fort impact sur les manifestations dans notre région. Mars/avril étant l’un des pics de l’année en termes de festivals de cinéma (l’autre pic étant octobre/novembre). Actuellement on recense environ 21 évènements concernés par la crise. Il y en a déjà six qui ont annulé. Parmi ceux-ci, deux ont arrêté en plein milieu. C’est le cas du festival Vidéoformes de Clermont Ferrand, et de Regards sur le Cinéma Espagnole et latino américain de Valence. De leur côté, Ciné Court Animé à Roanne, les Rencontres Cinéma Nature de Dompierre sur Besbre dans l’Allier, le Festival du Cinéma Européen (FCEM) de Meyzieu, ont annulé, pour ne citer qu’eux. »

 

Note de l’auteur : Depuis cet entretien, le Festival International du Cinéma d’Animation, rendez-vous mondial incontournable du secteur, a également annoncé son annulation.

 

Des prestataires et services fortement impactés

 

Gregory Faes : « Les prestataires de tournages sont en première ligne de ce moment de crise. Les loueurs de matériel sont à l’arrêt. Sur Pôle PIXEL nous avons des sociétés très importantes dans ce domaine : Transpalux, Panavision, etc. La postproduction souffre moins. Dans ce secteur, en ce qui concerne l’image, l’activité continue puisque la production est largement délocalisée, c’est plus compliqué pour le son, notamment en ce qui concerne le mixage car cela nécessite du matériel désormais introuvable. Le film d’animation continue, quand la production est délocalisée. C’est le cas pour cocottesminute (voir notre article : Tout sur Les Contes du Hérisson, le prochain film d’Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli), mais au Pôle PIXEL par exemple nous avons Studio Xilam, un acteur majeur de l’animation européenne, qui est actuellement en activité très réduite, par télétravail. »

 

Studios fermés, équipe en télétravail

 

Gregory Faes : « La fermeture des studios génère un manque à gagner évident. Le planning des encaissements va être chamboulé. Il y a également la problématique des loyers. Est-ce que nous locataires seront en mesure de les régler ? Nous n’en savons rien. Idem pour les prestations de studio. Ce sont nos trois sources de revenu sur les studios qui sont menacées, d’autant que nous n’avons pas de subventions, nous fonctionnons avec nos fonds propres. »

 

Thomas Bouillon : « Festivals Connexion est une association. Nous sommes sur une action spécifique en tant que réseau, donc cela ne nous impacte pas trop pour l’instant. Nous sommes en télétravail. C’est une structure avec deux salariés, donc ce n’est pas trop difficile à gérer. Nous travaillons sur les aspects administratifs, les dossiers, et nous préparons la rentrée en essayant de se projeter sans attendre que la situation finisse. Nous faisons de la veille, nous informons le réseau sur les dispositifs d’aides des différentes collectivités. Comme nous n’avons pas une mission commerciale, la crise a pour l’instant un impact financièrement limité. Reste que tout est ralenti mais financièrement cela ne nous met pas en danger. ». La principale répercussion a été la suspension de notre dispositif « Réalité Virtuelle & festivals de cinéma en Auvergne-Rhône-Alpes » qui permettait à nos festivals de se former et s’équiper en matériel de VR. Plusieurs espaces VR étaient prévus sur les festivals annulés et la dynamique de ce projet régional d’envergure a été inévitablement freinée par cette crise.

 

Tournage de PROFESSION DU PÈRE, de Jean-Pierre Améris (Claire Nicol/Curiosa Films)

Quelle reprise ?

 

Gregory Faes : « C’est un moment d’incertitude pour toute la filière. Nous nous posons beaucoup de questions concernant la reprise. Est-ce qu’il y aura des financements, si oui, de quels types ? Sur l’animation on a majoritairement affaire à des techniciens, donc il est plus facile de travailler, même à distance. Sur les tournages par contre, selon la façon dont sera gérée la fin du confinement, et selon la situation économique, on peut se demander si les comédiens seront encore disponibles, ainsi que le matériel et les techniciens ? Rien n’est moins sûr. »

 

Thomas Bouillon : « De notre côté, certains organisateurs vont privilégier des formats hybrides avec par exemple des programmations digitalisées. Certains festivals, notamment ceux portés par des exploitants, auront des possibilités de trouver un nouveau créneau en 2020 mais l’impact du festival sera forcément différent à des dates moins propices et identifiées. Se pose également la question de l’accueil des publics et des mesures restrictives qui perdureront au-delà de l’été. Un festival est un moment de rencontres et de convivialité et on imagine difficilement des manifestations où les mesures barrières rythment leur quotidien.

Il faut comprendre que c’est tout une chaîne de production qui est en arrêt. Les techniciens, comédiens et prestataires sont en attente des décisions des sociétés de production qui elles-mêmes se projettent en fonction des contrats avec les distributeurs et les coproducteurs, ainsi qu’en fonction des délais de versements des aides à la production, des disponibilités des studios, des acteurs connus (dont l’emploi du temps est bousculé) et des équipes de tournages, sans parler de la question des assurances extrêmement compliquée dans la situation actuelle.

Les sociétés de production indépendantes de plus petite taille et studios de jeux vidéo sont fortement impactés par l’annulation de grands festivals comme celui d’Annecy, rendez-vous professionnels incontournables pour rencontrer les diffuseurs et éditeurs, sur lesquels reposent leurs marchés des 6 à 12 mois à venir.

 

Espace VR (Festivals Connexion)

Embouteillages en vue

 

Gregory Faes : « Tout va reprendre en même temps. Dans les salles ce sera le même problème : tous les films vont se reporter sur le deuxième semestre déjà saturé naturellement. Il risque d’y avoir beaucoup de films qui vont aller au casse-pipe. La reprise risque d’être difficile. La crise actuelle n’est pas couverte par les assurances. » et d’ajouter : « C’est une complexité qui est connue dans la filière professionnelle du cinéma, où l’on doit faire avec des reports de tournage, des problèmes divers et variés, mais cela ne veut pas dire que cette situation est soutenable sur le long terme. »

 

Thomas Bouillon : « Il risque d’y avoir des gros embouteillages à l’automne en effet. Les problèmes ne s’arrêtent malheureusement pas à la période actuelle et le confinement : les inquiétudes sont bien réelles pour les festivals de septembre qui ne peuvent pas préparer sereinement leurs évènements. On attend déjà les répercussions sur l’automne. »

 

Et la sortie de crise ?

 

Gregory Faes : « Il est encore difficile d’avancer des chiffres. On sait que ça va être compliqué, ça c’est sûr. La probabilité que tout rentre dans l’ordre, dans le bon ordre, est faible. Certains comédiens, qui ont des plannings chargés et qui étaient disponibles, ne le seront plus. Comment fait-on ? La reprise ne sera pas la même pour tout le monde. Comme souvent les petites productions en pâtiront plus que les grosses… »

 

Thomas Bouillon : « Nous sommes-là pour les diriger vers les aides et les différents soutiens. Notre mission c’est d’aider les festivals à se préparer à la réalité de l’après. »

 

Et Auvergne Rhône Alpes Cinéma ?

 

« Nous avions entre 12 à 15 films en cours, entre les films en postproduction, les films en tournage, ceux dont le tournage débutait… Nous en avions 3 qui devaient commencer le jour du confinement. Cela fait pas mal de productions qui sont, soit temporairement arrêtées, soit qui continuent à moitié, soit qui sont reportées. Concernant notre équipe nous continuons de travailler bien évidemment, en télétravail, au téléphone, etc.» 

Et Gregory Faes de conclure : « Il y a une intention réelle des pouvoirs publics pour nous accompagner dans la crise. L’Etat, la Région, le CNC se mobilisent. Nous attendons de voir la suite. La phase de crise est une chose, maintenant il faut voir la phase de reprise. La vraie difficulté pour moi c’est de placer les efforts au bon endroit.»


Site internet d’Auvergne Rhône Alpes Cinéma

Site internet de Festivals Connexions

X