L’impact de la crise sanitaire sur les salles de cinéma Art et Essai

L’impact de la crise sanitaire sur les salles de cinéma Art et Essai

Avec un bassin d’exploitation riche et varié (régie directe, régie autonome, associations, société privées), la région Auvergne-Rhône-Alpes bénéficie d’une offre diversifiée en matière de salles de cinéma et de programmation Art & Essai. Pour autant, les effets de la crise sanitaire en cours ne sont pas négligeables. A la merci d’une perte de recettes due aux différentes périodes de confinement et après à un été en demi-teinte, de nombreux exploitants de salles ayant déjà des investissements d’équipement ou de construction et des loyers importants, se retrouvent aujourd’hui en grandes difficultés (et ce malgré les reports de crédit et les aides au loyer).

Propos recueillis par Maxence Grugier

 

Retour sur la situation

Marion Sommermeyer (présidente du GRAC, le réseau de salles Art et Essai de proximité, également exploitante du cinéma Le Toboggan à Décines)  revient sur les aides et les mesures concernant ces salles au quatrième trimestre 2020.

 

Pôle Pixel : Quel a été l’impact du premier confinement sur les cinémas d’Art & Essai et comment ces salles et leurs exploitants ont-ils géré la situation ?

 

Marion Sommermeyer : Pour les salles d’Art & Essai ce qui a été le plus compliqué c’est déjà l’arrêt complet de toutes activités pendant 100 jours. C’était une première dans l’histoire de ces exploitations. Mais finalement, c’est la reprise qui a été la plus difficile à gérer, puisque les distributeurs ont dû se repositionner et proposer des films au mois de juin. Il faut préciser que la Fédération National des Cinémas Français avait demandé un délai de quatre semaines entre le moment où l’on nous dirait « vous pouvez ouvrir » et la reprise proprement dite, or nous n’avons eu que trois semaines. Donc en trois semaines il a fallu inventer et mettre en place un protocole sanitaire dans les salles (et le faire valider par les différents ministères), travailler sur la programmation avec les distributeurs qui eux aussi étaient pris de court. Pour autant les 22 et 24 juin on peut dire que 90% des salles ont rouvert.

 

 

Pôle Pixel : Quelle ont été les conséquences côté fréquentation ?

 

M.S. : Il y a eu une baisse de fréquentation assez importante malgré tout. De l’ordre de -50% pour les exploitations d’Art & Essai au niveau national à -70% pour les salles consacrées au cinéma commercial et blockbuster. Après trois mois à zéro, la reprise a été plutôt douce, même si l’on sait que l’été la fréquentation est moindre, il faut comprendre ces chiffres sur cette faible fréquentation.

Depuis, avec l’ensemble des associations régionales et les syndicats de la profession en région AuRA nous avons réalisé une étude sur près de 200 salles. Nous y démontrons une baisse de chiffre d’affaire de 65 à 68% sur tous les types d’exploitations, privée, public, associative ou autre. Tout le monde est à peu près touché de la même manière et c’est plutôt violent.

 

Pôle Pixel : Concrètement, quelles ont été les structures institutionnelles qui ont aidés ses salles et quelles étaient les aides ?

 

M.S. : L’exploitation cinématographique en tant que telle n’a pas eu d’aide spécifique. Il s’agissait plutôt des aides et des dispositions d’État (comme la mise en place du chômage partiel pour les cinémas, le fonds de solidarité pour les entreprises et les indépendants, etc.). En Auvergne-Rhône-Alpes une quinzaine de salles ont bénéficié du FRUC (le fond régional d’urgence culture). Concernant le protocole sanitaire spécifique des salles de cinéma, les exploitants pouvaient demander une aide auprès de la sécurité sociale pour les dépenses en masques et gel hydroalcoolique.

 

Pôle Pixel : Concernant le GRAC et sa mission d’animation de réseau des salles d’Art & Essai, comment êtes-vous intervenu dans ce contexte ?

 

M.S. : En tant que GRAC nous étions en veille constante. Nous avons pris contact avec toutes les salles – en relation directe avec la Fédération – afin de les tenir au courant de la situation, des ressources, aides possibles et des différentes mesures mises en place par le gouvernement. Nous étions également directement informés des différentes conditions de la reprise et de toutes les mesures du protocole sanitaire spécifique aux salles qu’il fallait mettre en place ; à la fois du côté des employés et des exploitants mais aussi de celui du public et de son accueil.

En tant que GRAC nous faisons également des démarches auprès de la Région pour obtenir des aides à l’exploitation afin que les salles en difficulté ne soient pas laissées pour compte.

 

 

 

Pôle Pixel : Quelles sont les différences en France par rapport aux autres pays concernant les aides et les soutient au cinéma ?

 

M.S. : La France s’en sort plutôt pas mal comparé à d’autres pays. Nous avons la chance d’avoir une production cinématographique dynamique, riche et variée, avec notamment une ouverture sur la diversité du cinéma européen grâce aux salles d’Art et Essai. Cela a permis de relativement amortir la baisse de fréquentation et la fermeture temporaire des salles. Ce n’est pas le cas des pays où le cinéma américain est extrêmement présent ; qui ont été obligés de garder leurs salles fermées et se trouvent en plus grande difficulté encore que chez nous.

 

Pôle Pixel : Aujourd’hui, comment ces salles et leurs équipes vivent-elles cette nouvelle période de confinement et de mise à l’arrêt ?

 

M.S. : Au niveau du GRAC, avant ce second confinement, nous étions plutôt confiants et nous nous investissions sur des démarches qui visaient à faire revenir le public. Il y avait la question des plateformes de visionnage en ligne qui étaient en train de s’installer dans les habitudes des français, il fallait donc redonner confiance au public et inciter à fréquenter les salles. Du coup cette période de second confinement, qui fait suite à un couvre-feu ne l’oublions pas, est certainement très anxiogène, surtout que nous n’avons aucune visibilité et que nous ne savons pas ce qui va se passer dans les mois à venir.

Au GRAC, l’équipe continue les actions en télétravail évidemment, mais ça n’est pas facile. Nous préparons également les évènements de 2021, dont le festival Tous en Salle qui se déroulera pendant les vacances de février. Nous sommes contents car le festival jeune public Toiles des Mômes a très bien marché pendant les vacances de la Toussaint. C’est bon signe. Cela montre qu’il y a toujours une envie de la part du public de voir des films en salle, et du côté des exploitants, il y a toujours une motivation très forte de continuer à programmer et animer les salles. Le milieu des exploitants de salles Art & Essai est un milieu de passionnés !

 

Pour autant nous devons certainement accepter l’idée que nous allons peut-être devoir continuer à fonctionner ainsi pendant encore un an. En faisant du stop & go, ouvrir, refermer, mais ça n’est pas facile. Cela étant, avec le protocole sanitaire déjà mis en place et ayant fait ses preuves, nous sommes prêts à rouvrir rapidement !

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